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Une faible dose de rispéridone a résolu le syndrome de Charles Bonnet après un essai infructueux de quétiapine : un rapport de cas

Contexte

Le syndrome de Charles Bonnet (SCB) est caractérisé par la présence d’hallucinations visuelles chez des patients présentant une déficience visuelle. Le SCB est généralement diagnostiqué chez des patients présentant une perte de vision significative et ne souffrant d’aucun trouble cognitif.1,2 Il a été décrit pour la première fois en 1 760 par le scientifique et naturaliste suisse Charles Bonnet, après avoir discuté avec son grand-père de 90 ans, qui présentait ces symptômes.3 Le terme SCB a été inventé en 1967 par le scientifique suisse George De Morsier.1

Les patients affectés présentent des hallucinations visuelles qui vont et viennent sans raison apparente et qui peuvent être perturbantes. Les hallucinations sont le plus souvent ressenties plusieurs fois par jour pendant quelques minutes et consistent en des motifs, des visages, des animaux et des figures, par ordre décroissant de fréquence, qui peuvent être statiques ou en mouvement. Ces patients présentent généralement de graves déficiences oculaires, dont la dégénérescence maculaire liée à l’âge, le glaucome et la rétinopathie diabétique sont les causes les plus courantes.4 Dans l’ensemble, le SCB devient plus répandu à mesure que la population vieillit, avec une prévalence rapportée entre 0,4 % et 39 % chez les patients ayant une mauvaise vision.5-7

Ce rapport de cas décrit une réponse réussie à la rispéridone chez une femme de 87 ans atteinte de SCB après un essai infructueux de la quétiapine. Un consentement éclairé écrit a été obtenu de la patiente pour la publication de ce rapport de cas. Aucune information personnellement identifiable n’a été révélée dans ce manuscrit.

Présentation de cas

Une femme de 87 ans s’est présentée à notre clinique externe avec une histoire de 7 mois d’hallucinations visuelles vives. Ces symptômes ont commencé par des images simples et des lumières scintillantes et ont progressé vers des hallucinations complexes comprenant des objets et des personnes se déplaçant dans sa chambre. Elles se produisaient 4 à 6 fois par jour et duraient 5 à 10 minutes chacune. Bien qu’elle soit consciente de la nature de ces symptômes, les hallucinations sont devenues plus persistantes et l’ont perturbée. Elle avait une bonne perception de son état. Il n’y avait pas d’hallucinations auditives ou de délires associés, et elle n’avait pas d’antécédents de troubles psychiatriques.

Elle a nié avoir eu des maux de tête ou un traumatisme. Ses antécédents médicaux comprenaient une hypothyroïdie et un glaucome à angle ouvert. Ses médicaments comprenaient de la L-thyroxine et des gouttes ophtalmiques anti-glaucome. Les antécédents chirurgicaux étaient significatifs pour des chirurgies bilatérales de la cataracte quelques années avant le traitement actuel.

Son acuité visuelle était de 6/60 dans l’œil droit et le comptage des doigts à 1 m dans l’œil gauche. Les scores étaient de 6/60 dans les deux yeux 2 ans avant sa présentation. L’examen de l’état mental a révélé une femme habillée de manière appropriée, sans agitation ni retard psychomoteur. Ses pensées étaient logiques et orientées vers un but. L’affect était euthymique avec une réactivité émotionnelle spontanée. Le Mini-Mental State Examination a révélé une fonction cognitive normale, y compris une orientation normale et des capacités de rappel et d’attention intactes.

Les tests de laboratoire comprenaient un hémogramme complet, une glycémie, une fonction rénale et hépatique, une hormone stimulant la thyroïde, une vitamine B12 et des niveaux de calcium normaux. L’imagerie par résonance magnétique du cerveau a révélé des changements atrophiques liés à l’âge avec une maladie des petits vaisseaux.

Le diagnostic de SCS typique a été posé sur la base de la présence d’hallucinations visuelles avec des troubles visuels chez un patient cognitivement normal sans maladie psychiatrique. Le patient a été initialement traité avec de la quétiapine à 25 mg/jour, qui a ensuite été augmentée à 50 mg/jour. Après un mois, les hallucinations étaient toujours présentes et le patient était en détresse. Le traitement a donc été modifié pour passer à la rispéridone, 0,5 mg/jour. Après 3 jours, les hallucinations visuelles de la patiente ont cessé jusqu’à sa prochaine visite, 6 semaines plus tard. La dose de rispéridone de la patiente a ensuite été diminuée à 0,25 mg/jour, mais les hallucinations sont réapparues. La dose a alors été ramenée à 0,5 mg/jour, et les hallucinations ont à nouveau disparu.

Discussion

Le diagnostic de SCS est un diagnostic d’exclusion. Les patients affectés doivent être évalués pour exclure les troubles cérébraux organiques, la démence, la toxicomanie, la schizophrénie et les troubles de l’humeur.8 L’évaluation doit inclure une anamnèse complète, un examen physique et un examen de l’état mental. Une approche d’équipe comprenant la psychiatrie, la neurologie et l’ophtalmologie est la meilleure façon de diagnostiquer le SCB.

Le SCB a été expliqué comme un trouble visuel chez les personnes ayant une perte de vision où le cerveau essaie de combler les lacunes de leur perte de vision.9 Les patients qui ne comprennent pas la nature de leur maladie peuvent être effrayés et avoir besoin d’un traitement de soutien. Il convient de les rassurer en leur expliquant que les hallucinations ne sont pas un trouble mental et qu’elles peuvent être une conséquence courante de leur maladie oculaire.3 Ils peuvent également bénéficier de la participation à des groupes de soutien composés de personnes concernées.10 Le traitement du trouble visuel chez les patients atteints de SCS typique peut avoir un impact sur la fréquence des hallucinations et améliorer la qualité de vie11.

Le cortex visuel, lorsqu’il est privé de stimulation visuelle, présente des niveaux de sérotonine significativement plus faibles qu’à l’état normal.12 La dopamine et l’acétylcholine sont d’autres transmetteurs neuronaux qui seraient impliqués dans la formation des hallucinations visuelles.13 L’expérience du traitement médical pour corriger ces niveaux est limitée, et les cas rapportés ont démontré des résultats de suivi courts. Dans l’ensemble, le nombre de patients traités pharmacologiquement est faible, et il n’existe pas de consensus sur le meilleur traitement médical. Des médicaments psychotropes tels que les antidépresseurs, les anxiolytiques, les antipsychotiques et les anticonvulsivants ont été utilisés pour traiter les hallucinations associées au SCS avec des résultats variés.3,8,10,14 Les inhibiteurs de la recapture de la sérotonine (ISRS) peuvent inhiber l’activité des neurones du lobe occipital liée à l’apparition d’hallucinations visuelles.3 On pense que les antipsychotiques tels que l’halopéridol, l’olanzapine et la rispéridone agissent en bloquant les récepteurs de la sérotonine et de la dopamine.3 Les hallucinations visuelles du patient ne se sont pas améliorées avec un essai de quétiapine, mais ont répondu à une faible dose de rispéridone. Un petit nombre de rapports montrent une amélioration des hallucinations visuelles avec la rispéridone et l’olanzapine.13,15,16 L’efficacité réduite de la quétiapine par rapport à d’autres antipsychotiques atypiques a été signalée dans une revue systématique récente.17 Bien qu’il n’y ait pas eu de traitement standard jusqu’à présent, des données anecdotiques semblaient favoriser les antipsychotiques et les ISRS comme options de traitement possibles pour les hallucinations perturbatrices associées au SCB.3,8,10,14

Conclusion

Le SCB se caractérise par des hallucinations visuelles chez des personnes cognitivement intactes. La plupart des personnes touchées ont une vision altérée, généralement par une dégénérescence maculaire. La plupart des patients n’ont besoin que d’être rassurés. Lorsque cela est possible, le traitement du trouble visuel sous-jacent peut conduire à la réduction ou à la disparition des phénomènes hallucinatoires. Dans les cas plus graves et plus perturbants, un traitement pharmacologique est nécessaire. Des rapports de cas ou des séries de cas sur le sujet, voire de petits essais, éventuellement avec une durée de suivi plus longue, sont encore nécessaires pour définir le meilleur traitement.

Divulgation

L’auteur ne signale aucun conflit d’intérêts dans ce travail.

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